AVANT-PROPOS DE GEORGE TARER
J’avais en tête de laisser quelque chose me concernant, et quand
Anne m’a parlé de son projet d’écrire un livre, je me suis dit :
« Chic alors, quelqu’un va le faire pour moi ! » Je la considère donc
comme mon ange gardien.
Lorsque j’ai lu le manuscrit, je me suis étonnée d’y trouver tout ce
que j’avais évoqué, tous les souvenirs, les anecdotes, mais aussi
les événements et les choix que j’ai pu faire. Il y a ainsi des choses
que je n’avais jamais confiées à personne, et d’autres auxquelles
je ne pensais que rarement. C’est vrai, il y a tout… Chaque fois,
cela me surprend et je lui demande : « Je t’ai vraiment dit tout ça ? »
La rédaction du livre m’a aussi aidée à prendre conscience de
tout ce que j’avais accompli dans ma vie. C’est vrai, tout au long
de ces années, j’ai fait les choses sans y penser, sans m’en rendre
compte. Mais les voir prendre cette forme m’a permis de mesurer
ce parcours.
Par ailleurs, je crois qu’il est utile que les gens se souviennent,
qu’ils sachent. Qu’ils connaissent notre Histoire, ce que les femmes
vivaient, des conditions dans lesquelles la Guadeloupe existait.
Ce siècle que j’ai vécu est vraiment très riche !
Ce livre relate mes batailles, notamment celle qui m’est la plus
chère : celle pour les droits des femmes. J’ai combattu pour faire
sortir de la tête des femmes qu’elles étaient des potomitan ; j’ai
contribué à faire changer les consciences, et j’en suis fière. Dans
toutes les circonstances, j’ai fait ce qui me semblait être juste.
Je suis donc en paix avec moi-même et avec les autres.
Quand j’ai lu le livre, j’ai ri à certains passages ; d’autres m’ont
émue, attendrie. Lorsque je reviens sur mon enfance, sur ma vie
de femme, je pense à ma mère. Tout dans mon histoire me ramène
à elle. Elle m’a façonnée, c’était plus que mon amie, c’était ma
complice, ma compagne. Si elle avait été là, elle aurait aimé Anne
et ce qu’elle représente pour moi.
Le lien qui s’est créé dès ma première rencontre avec Anne est
particulier. Jamais je n’aurais pensé avoir à mes côtés, à la fin de
ma vie, une personne à qui je confie tout. Il ne faut pas chercher
à comprendre, c’est comme ça. Les paroles de la chanson de
Tino Rossi me reviennent : « Destin, lorsque ta main frappe à
la porte ! » C’est tout à fait ça.
Nous nous sommes reconnues humainement, peut-être parce
que nous avons beaucoup de points communs : la sensibilité, le
caractère… Nous sommes qui nous sommes, sans chercher à
paraître, sans artifice. Souvent, je lui dis – et ce n’est pas de la
flatterie, à quoi bon ? – « Anne, tu es dans mon cœur. »
En retour, je ressens son amour. C’est un amour nouveau dans
ma vie et il ne ressemble à aucun autre.